Vous êtes ici
Accueil > Actus > La grâce d’une cathédrale Vendée. Entretien avec Dominique SOUCHET

La grâce d’une cathédrale Vendée. Entretien avec Dominique SOUCHET

Dominique Souchet. Ancien maire et conseiller général de Luçon, parlementaire honoraire, actuellement président de l’association des Amis de la cathédrale de Luçon. Ancien élève de Sciences Po et de l’ENA, Dominique Souchet est entré au ministère des Affaires étrangères, où il a été successivement secrétaire, puis conseiller des Affaires étrangères, en poste à Pékin, à Washington et à Moscou (1972-1981), conseiller culturel et de coopération au Maroc (1985-1989), puis ministre-conseiller de l’ambassade de France au Canada (1989-1991) et enfin chargé de mission au Centre d’analyse et de prévision.

Propos recueillis par Sylvie Dutot

Sous la direction de Dominique Souchet, ce dix-huitième volume de la collection «La grâce d’une cathédrale» rend hommage à trois lieux emblématiques de l’histoire de la Vendée : la cathédrale de Luçon, église-mère du diocèse, Maillezais, ancienne abbaye-cathédrale au coeur du Marais poitevin et Saint-Laurent-sur-Sèvre, ville «sainte» de la Vendée et haut lieu de pélerinage. Servi par les superbes photographies de David Fugère, l’ouvrage arrive à point nommé à l’occasion d’un évènement particulier. Dominique Souchet, que nous avons rencontré, nous en dit plus…

F.T.H. : Dominique Souchet, c’est à vous que l’on doit d’avoir dirigé cet ouvrage magnifique, paru aux éditions de La Nuée Bleue, dans la prestigieuse collection «La grâce d’une cathédrale», un ouvrage qui vient à point nommé pour un évènement particulier ?

Dominique Souchet : La publication de cet ouvrage intervient l’année même où l’on célèbre le sept-centième anniversaire de la création du diocèse de Luçon par le pape Jean XXII, second pape d’Avignon. Le nouvel évêché de Luçon est issu de l’illustre évêché de Poitiers, dont la renommée repose sur de hautes figures spirituelles, telles que saint Hilaire, saint Martin et sainte Radegonde, sous le patronage desquels se sont placées de nombreuses paroisses et églises du Bas-Poitou ou saint Fortunat, auteur du Vexilla Regis, qui deviendra l’hymne des Vendéens de 1793. Dans le cadre d’une vaste opération de remodelage de la carte des diocèses, surtout méridionaux, évènement assez rare dans l’histoire de l’Eglise, le pape français, lui-même originaire du Sud-Ouest, décide de scinder en trois l’immense évêché de Poitiers, l’un des plus vastes du royaume, avec ses mille deux cent vingt paroisses, pour rapprocher les pasteurs de leur troupeau. Le dynamisme démographique du Poitou l’amène à créer deux nouveaux diocèses en Bas-Poitou, dont l’assise sera constituée par de puissantes abbayes bénédictines, Sainte-Marie de Luçon et Saint-Pierre de Maillezais. Depuis le VIIe siècle, la partie méridionale du Bas-Poitou est en effet une terre d’élection du monachisme, principalement cistercien (Moreilles) et bénédictin (Luçon, Maillezais, Saint-Michel-en-l’Herm). C’est ce puissant réseau monastique qui est à l’origine de l’aménagement du Marais Poitevin, sans doute la plus remarquable entreprise de maîtrise de l’eau et de bonification de terres qui ait été réalisée en Europe occidentale au Moyen Age. Les nouvelles cathédrales prennent ainsi le relais d’antiques abbatiales, les derniers abbés de Luçon et Maillezais en en devenant les premiers évêques. Maillezais est aujourd’hui située dans le diocèse de Luçon, après avoir été rattachée, pendant plus d’un siècle, à l’évêché de La Rochelle, à la suite des destructions occasionnées par les guerres de Religion. Les deux évêques de Luçon et de La Rochelle y ont conjointement célébré le septième centenaire de la création de l’évêché de Maillezais. C’est la même bulle pontificale Salvator Noster du 13 août 1317 qui avait en effet créé les deux évêchés «vendéens».

F.T.H. : Contrairement aux autres ouvrages de cette collection, il est question ici non pas de rendre hommage à la seule cathédrale de Luçon, mais à un ensemble d’édifices. Pourquoi ce choix ?

Dominique Souchet : L’une des originalités du livre est en effet de retenir trois sites et quatre édifices. Il est construit en forme de triptyque et associe cathédrales et basiliques. Quatre monuments emblématiques ont été retenus : les deux cathédrales érigées en 1317 par Jean XXII, Luçon et Maillezais, et les deux grands sanctuaires montfortains de Saint-Laurent-sur-Sèvre, la basilique Saint Louis-Marie Grignion de Montfort et la chapelle de la Sagesse, qui à elles deux constituent comme la «troisième cathédrale» de la Vendée, ainsi que l’avait souligné le grand écrivain vendéen Jean Yole. Ce choix reflète la nature spécifique du développement vendéen, qui ne s’est pas opéré à partir d’une métropole unique, mais d’une multiplicité de petits centres, d’un maillage paroissial fruit de l’essor spirituel et démographique des XIIe et XIIIe siècles. On ne pouvait donc retenir un seul lieu, un seul édifice pour rendre compte de l’histoire religieuse de la Vendée. Lire la suite

Articles similaires

Laisser un commentaire

*

Haut